Partager l'article ! Le roi Mandelouk, le serpent fanal et le loup affable: Il y avait une fois à l'ombre des palmiers, un meneur de chameaux couvert par la suie des ...
Le roi Mandelouk tenait un bouclier bordée de deux écussons blêmes. Il était entouré de quatre sbires à tête lisse. Un jour, il s'enquit d'aller dans le désert. Il
chercha celui dont on disait qu'il avait l'intuition d'un veilleur de vie et dans les yeux une baguette de sourcier. Il s'adressa à Essien.
Sur ordre du roi Mandelouk, on chargea les chameaux de bric et de broc.
- « Les chameaux aiment être chargés à leur convenance» avança Essien.
Le roi n'en avait cure. On partit vers l'horizon avec force braillements. Après ces longues journées de marche, il plaisait au roi Mandelouk de poser son bouclier d'argent bordé de deux écussons blêmes, au centre du campement, d'avoir de larges tentes qui reluisaient et toute une cour de noblaillons frétillant autour de lui. Une lune rouge et béante apparaissait peu à peu dans le ciel pour laisser un grand trou noir au milieu de la nuit. Essien caressait ses chameaux avec des onguents, car il savait leur lassitude. Un jour, la première chamelle refusa d'avancer, raide comme une épave. Les chameaux se tenaient immobiles, épiant l'horizon. Le roi Mandelouk s'offusqua. Il fit battre Essien par ses quatre sbires à tête lisse et le laissa croupir à l'écart du campement.
À la lueur d'une étoile, Essien aperçut le serpent fanal qui se tenait sur son séant.
- « Essien, » dit-il en laissant voir sa houppe dorée, « pourquoi avoir amené tous ces hommes jusque dans le territoire des songes ... ? Les chameaux ne rêvent pas, les hommes oui. Il vous faut vous en retourner sinon...vous tomberez dans l'œil du loup.»
- « Dans l'œil du loup ?»
- « Le loup affable aime à s'assoupir dans les dunes. Dans le territoire des songes, il se repaît des rêves des hommes. Lorsqu'ils sont boursouflés par leurs
chimères, le loup n'en fait qu'une bouchée. Je le vois déjà se pourlécher les babines... Les hommes, cervelles innocentes, seront tendres à croquer. Je dispose des étoiles, mes anneaux
s'enroulent autour de la lune, mais sur le sable, c'est le loup affable qui commande.»
Le serpent fanal secoua sa houppe qui fit un pavé d'étoiles brillantes dans la nuit et disparut en direction de la lune. Au lever du jour, la première des chamelles
dit à Essien en remontant ses bosses :
- « Tu nous as laissé aux prises avec ce roitelet et ses quatre sbires à tête lisse, dans le territoire des songes. Accroche une timbale à ton cou afin qu'elle marque la trace. Dans l'affabilité du désert, nous pourrons alors nous en retourner, mais veille à ce qu'aucun grain de sable ne vienne s'amasser dans ton gobelet. Débrouille-toi pour accrocher une timbale au dos du roi Mandelouk. Au coeur du territoire des songes, il y a le désert et seulement le désert... »
Au petit matin, le ciel était lisse et sans escarres Les chameaux reprirent le pas. Essien attacha une timbale autour de son cou, et tourna comme une toupie autour du roi. Celui-ci le dévisagea.
- « Vieux fou !» s'écria-t-il.
- « Nous approchons des trésors enfouis. Creuse ton sillon, ô roi. »
Il fit se balancer la timbale à ras du sol comme un pendule. « Caresser le sable et sacrifier votre plus beau gobelet à cette quête ! » Après
quelques jours, le roi au fond de sa timbale avait récolté quelques onces d'or au cœur du territoire des songes. Essien dit alors.
- « Vous êtes riches désormais. Il serait bon de reprendre la route. »
- « Tu veux rire ? » répondit le roi. « Ces dunes regorgent d'or soufflé et de diamants dont je devine déjà les reflets dans le ciel. » Une clameur répondit en écho. Le vent éructait. Le roi faisait tournoyer son bouclier bordé de deux écussons blêmes au-dessus de sa tête, face à sa cour.
De jour en jour, les chameaux ralentissaient le pas, la caravane s'étirait en accordéon de telle sorte que toute la colonne prenait de l'avance sur les bêtes. La jubilation des hommes gonflait comme cerf-volant. Les gobelets se remplissaient et Essien, pendant la nuit, s'évertuait à les retourner. On eut dit que le temps se faisait chaque soir un croc-en-jambe, revenant à son point de départ. Le ciel s'assombrit et le loup apparut au loin ; les canines brillantes et le regard friand. Il se pourlécha par trois fois les babines puis il dévora toute la cour avant de lapper le roi Mandelouk, dont le bouclier bordé de deux écussons blêmes roula de guingois sur le sable. La lune glapit de plaisir. La petite caravane s'en retourna, impavide.
Quand la saison le permet, au-dessus des têtes, on peut apercevoir désormais un pavé d'étoiles. C'est le campement du roi Mandelouk, entouré de ses quatre sbires à tête lisse, toujours remplissant sa gousse d'or soufflé. Lorsque celui-ci épie dans le ciel le reflet de quelque diamant, nul doute qu'il devine son bouclier bordé de deux écussons blêmes luire en plein désert.
Processus de création ; improvisation enregistrée puis Réécriture