Beniel voulait démarrer son mandat en fanfare et de faire de cette fanfare l'empreinte de son mandat. Il réunit sa « dream team ». Lorsque l'on est à l'avant-garde de la majorité silencieuse, il faut savoir devancer son appel et « cap maintenir » - formule précieuse qu'il avait inventée à brûle-pourpoint -. « Les Balvisiens ont soif de justice !» Frastic était un créateur encensé et notoire. Maltuque était un diamant brut, une fornication d'idées et de concepts. Beniel s'inspirait des grands sémaphores de Maltuque, élaborés dans la clandestinité – entendez loin du harcèlement des médias, au café de l'université, dont le manque de subventions avait terni le blason -. Maltuque déclina un métaprogramme : le programme des programmes. Beniel serait à la proue de l'innovation sociétale battant le fer avant qu'il soit chaud. Les masses dans leur sagesse immémoriale suivraient si on les y préparait. Les idées sont des parapets qui engendrent les précipices. La meilleure façon de préparer l'avenir est de le prendre à bras le corps en luttant contre toutes les formes d'oppression, par tous les moyens, ou suivant le point de vue que l'on adopte de prendre sa mallette et de faire son travail avec conscience et professionnalisme. Grâce à une planification d'orfèvre, si la Révolution ne venait pas aux masses, elle irait à leur rencontre : miraculeuse et ostentatoire. En posant la majuscule sur le mot délictueux de sa prime et flamboyante jeunesse, le génial Maltuque se laissait emporter par le renouement avec ses idéaux auxquels, contrairement à beaucoup d'autres, lui, le philosophe pensant, n'avait pas renoncé. Beniel était un politicien dynamique, un vrai battant. Il avait toujours été le porte-drapeau de la contestation, le dénonciateur des marges superfétatoires des commercieux. Ceux-ci rétifs à la compassion, hostiles à toute humanité rendaient impossible l'égalité de destin entre Balvisiens. Beniel était le ventricule bienveillant de Balvise. Grâce à Maltuque, l'ultime penseur, il serait l'insurrecteur verbal permanent. Son élan allait montrer la voie ou l'ornière suivant le point de vue.
Chaque semaine, le peuple de Balvise à savoir les partisans irascibles de Beniel organiseraient un rassemblement sur des thémes qui sont la charpente discrète de
l'oppression. Ceux-ci étaient sous la férule du grand Maltuque, même s'il échappait parfois que leur résolution pouvait incomber directement au pouvoir en place : Beniel lui-même qui, il
faut le rappeler venait d'etre propulsé au centre de toutes les décisions, car élu primat, grand clerc, bourgmestre, président, haut de poupe ou tout autre affublement qui seyait à ses affidés.
La liste de moulins à vent dont la vacuité se disputait à l'actualité était établie par Maltuque et sujette en fonction des opportunités à tous les bouleversements.
Rassemblements contre les bavures et pour l'accroissement des moyens de luttes contre les aléas et les tempêtes, pour un décret de bon voisinage, pour l'obligation
de respect et pour la bonne humeur, pour une charte des clowns et des bateleurs de foire, contre l'œil de Moscou et pour la protection des Balvisiens, contre les complots, contre le travail
précaire et les licenciements des cueilleurs de fraises, contre l'abondance et la publicité arbitraire, pour une circulation fluide des piétons et l'introduction de pousses -pousses électriques,
contre les fientes d'oiseaux et pour les espaces verts, contre les oranges serviles aux dictatures et les tomates biseautées, Contre les zoos exotiques et les corridas, pour les squatteurs de
square et l'occupation nocturne des églises, pour la réquisition salutaire des vues sur la mer et des caves vacantes, pour un moratoire contre les marteaux piqueurs et le travail de nuit, contre
les néo médisants, pour le choc des cultures, contre les ondes adipeuses et versatiles, pour le binôme de concierge, contre le chômage des palefreniers et la vie chère, pour le lustre des
ascenseurs, pour la régulation de la taille des platanes, pour les jardins organiques, contre les acronymes et pour la transparence des grands cercles, Contre l'arrogance de la cédille envers les
demandeurs d'asile, Pour une charte de protection du cerveau droit, pour le droit à l'épanouissement, pour une tolérance zélée envers les ratures des écoliers, pour l'interdiction des croix
provocantes, pour les services ludiques et la gratuité des psys, pour un calendrier de révision des concessions à perpétuité, pour l'éradication des pétoires, pour le doublement du salaire
plancher et contre les Legos fabriqués hors continent, pour la reconnaissance des minorités non ethniques et constituées....
Il fallait tout d abord donner confiance et montrer que par la volonté, il était possible de combattre le Leviathan de la bosse du commerce. Les forces invisibles n'étaient pas une fatalité contre laquelle l'Archibald était impuissant. Par une philosophie nouvelle, entendez Maltuquéenne, Beniel le bienveillant allait imposer sa bulle. Les forces invisibles étaient de mèche avec les commercieux ou suivant le point de vue le clientélisme du pouvoir permettaient les fricotages avec des commercieux serviles de manière à ce qu'ils deviennent les grands colons de la ville de Balvise. Il suffisait d 'attaquer les balivernes économiques par le collet, de prendre le tonneau par les dents ou le mors par les anses. Beniel avait de la jugulaire et celle-ci s'appelait Maltuque... Les forces invisibles n'avaient qu'à bien se tenir !