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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 21:21

 

Pourquoi un clown serait-il plus triste qu'un pharmacien ?

Quel âge a le clown ?

Le clown rêve-t-il ?

 

Le scintillement d'une étoile, c'est le rire d'un clown qui rebondit sur le toit du monde.

 

Nombreux sont les clowns qui s'ignorent. Par exemple, Gagarine qui fit le tour de la terre dans son aéronef avec propulseur à sarbacanes. Son émule, le clown Satchmo fut le premier à atteindre la lune. Alors qu'il posait ses 48 sous le spot virginal, il attrapa une illumination ! «  7 milliards de spectateurs me contemplent... » et il a commencé son numéro de mime solo...

 

Non, monsieur, vous ne m'aurez pas. Je ne mange pas de ce pain là dit le clown impérieux.

Non, je ne veux pas rentrer sur scène et dire : « Bonjour les petits éléphants ! »

Non, je ne me casserais pas le nez dans la sciure en marchant sur ma chaussure démesurée !

Et vous voulez en plus que je lance une tarte à la crème sur M. Loyal. Certainement pas ! De plus, permettez-moi de vous le dire, je ne porterais pas ce costume banal et stéréotypé que vous voulez me faire endosser. Je mettrais de côté votre sempiternel nez. Oui monsieur ! Je ne suis pas le clown banal, je veux être le clown total au rire intrépide qui résumera en une seule entrée le destin pathétique de l'humanité !

 

Remonter le temps à la recherche du premier clown...

Coluche le clown média

Dimitri, le clown mime,

Buffo, le clown autiste,

Devos le clown absurde

Grock le clown absolu

Rhum le clown tendre

Zavatta le clown clown

Fratellini, le clown dynastique

Popov, le clown funambule

Beby, l'admirable

Karandash le satirique

Gougou loyal, le clown soleil

Boulicot auguste, les cheveux verst

Antonet le clown blanc

Footit le maître et Chocolat le clown esclave

Les frères Hanlon-Lee, les clowns tueurs

Auriol, le clown sauteur

Grimaldi, l'ancêtre

Billy Hayden, le clown bavard

Ducrow, le clown cheval,

Domenico Biancollelli, le clown Arlequin et Scaramouche le clown archétypique

Que ceux que j'oublie me pardonne... Les bouffons du roi, les Jesters shakespeariens, le jongleur et l'acrobate, le clown de Cromagnon, Sisyphe, le clown arpenteur et Icare le clown oiseau...

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 21:34

 

La découverte

 

Pendant longtemps je n'ai pas voulu faire ami-ami avec elle. Longtemps j'ai erré loin de ses gondoles, boudé ses actions, et snobé ses produits. Je me voulais un destin différent, aussi ridicule qu'immodeste, mais je ne le savais pas encore. J'étais devenu un as de la concurrence. Je pouvais parcourir ses grandes et froides allées, les yeux fermés, piocher sans cœur dans les épices et jardiner dans des labyrinthes de pâtes blêmes. J'avais accumulé tant de points cadeaux que je me présentais, un jour, à l'accueil, le rêve flamboyant. Hélas, je ne reçus en tout et pour tout qu'une perle de station-service, colifichet ridicule, que j'abandonnais à son sort. Alors, je perdis toute inspiration, ma verve de fidèle consommateur s'était ternie, je faisais la moue aux caisses, le cœur n'y était plus. À bon entendeur, je pénétrais, l'œil contrit, dans la petite Migros de Veysenaz. La première chose que je vis sur la droite, ce fut le téléphone mobile, qui reste depuis mon auguste et sobre compagnon. Je cumulais quelques girolles. Je découvris le yaourt scintillant, guirlande de noël de parfums. Je me ravis aux épices et aux huiles. Je harponnais enfin un saumon digne de ce nom. Je chassais au filet les émincés. Je retrouvais enfin le foie de poulet. Ainsi, je m'inclinais pâteusement devant le dentifrice à petit budget et jurais, Ô grand jamais, que jamais plus, je ne pêcherais hors des eaux de la Migros.

 

La petite Suisse

 

Je suis un enfant de Migros parce que tout petit déjà, je rêvais à ses montagnes de jouets. Je suis un enfant de Migros parce que j'ai grandi dans ses écoles, j'ai dégusté ses fruits, ses fromages et ses petits plaisirs. Je suis un enfant de Migros parce que j'admire son organisation, ses initiatives qui font de son modèle l'admiration discrète de tous. Je suis un enfant de Migros parce que je la sais rayonnante, mais modeste et sans arrogance dans la grande roue de la compétition mondiale. Emblème de qualité et du respect de la parole donnée, je sais la Migros exemplaire dans ses valeurs. Je la sais accueillante, ouverte aux pauvres comme aux riches. Ses succursales sont nombreuses dans le monde, elle est solide sans la moindre ostentation, modeste et neutre afin de ne jamais empiéter d'autres espaces de liberté. De plus, sa petite équipe de foot a l'élégance de ne pas aller au bout afin de ne jamais sombrer dans l'hystérie. Je suis un enfant de Migros, parce que sans elle, sans son invisible présence, le monde entier ne tournerait pas rond...

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Christophe Tournier - dans Poémes oubliés
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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 07:29

pipeline

Il est l'heure
j'allume une cigarette

et hume les steppes de l'écritures hurlante
dehors
des hyènes de pluie fine
au fond du ciel
une gerbe de soleil couchant
sous la dictée
les machines impriment
dactylotent
transposent les lumières
derrière les vitres
des milliers de volcans d'yeux
vivants éteints
les rues se lardent de cicatrices ambulantes
et
dans le sonore fond
on entend les sirènes de trains blindés sans fin

 

on parle pour nous
dans l'haleine des médias
dans l'Image versatile qui nous dégueule
nous inondant du meurtre quotidien
du flot démesuré
alors
fort de ma sensibilité d'homme tout le monde
ainsi que réceptif

en toutes choses
en toutes agressions
en toutes déchirures
je formule
j'invoque
je propose
ce qui me reste

 

je traverse la ville
et la violence de son chant
agressif à l'échappement
chant neutre
qui givre l'apparence de la rue
chant amétiste du bar de nuit
chant des contrastes
et la sonde du fric en poche qui percute la vie
la ville est un chant noir
un chant mural
magnifique sourdine
qui s'arme dans ma poitrine

 

et pourtant
avançant parmi les crassiers de chair
les êtres en pullules dans la rue
il était parti
avec cette idée derrière la nuque
"rencontrer et aimer"

 

Entre deux journeaux
de grandes enjambées
à tirage illimité
sur la tête des populations
des voix d'hommes
parlent football football
et leur femme les haïssent quelquefois

 

pour aller du vert de ma toile
au bleu de non travail
j'emprunte la rue noire
et ce matin
un rouge gorge en complet gris
est allongé sur la chaussée
on dit que c'est un bas de femme
qui lui a fait le cou

 

la rue est circulaire de poison
sur l'atoll noir
d'hommes en joues creuses
jusqu'aux hommes OS
jusqu'aux bedonnants joufflus
la rue est circulaire d'hommes
les flics arbitraires
les vieilles femmes du jour le jour
les gros lards et les petits d'hommes
jusqu'aux chiens savants
traînant leur savate et leur tuteur
ce que la vie a fait des hommes
peaux d'écaillea
têtes pommeaux astre
pas balsable
loin d'une pratique quotidienne
de leur sexe poisson chat
visages craquelés par le travail
par l'éclatement du nerf
visages médias brisés par les grandes bouffes
mutants cancéreux
visages tirés par l'alcool
la fatigue
ventres gonflés
ce que la grande machinerie a fait des hommes

 

je m'étale au pieu
après quolibets cigarettes
invocations et vanités
amer danseur et voyageur de fortune
sur le trans-quotidlen
j'ai chevauché d'interminables comptoirs
dans le fémur des draps
me reste
le souvenir d'une profonde solitude

 

c'est toute ma mémoire
toute ma nuit
que je rencontre en pleine rue
au croisement des regards
la voix se déforme
ma poitrine halète d'un enfant sourd
je tente de m'assurer
an visage passable
une gueule de métro au minimum
au bistrot
comme je voudrais lui dire
d'ailleurs qu'est-ce que je dirais?
ma cigarette s'affirme en un tic-tac
affreux sur le cendrier

 

au matin bouffi
l'ampleur électrique te déconnecte du sommeil
dans la lumière branlante du néon
tu émigres du nu au pantalon
du givre de la nuit
à quelque chose de construit
et
de bien présenté sous le jour nouveau
un peu monotone
dans ta tête se balance l'horaire et son écho
l'horaire et son écho

 

pantin
je ne suis que pantin
je givre d'heures en heures
sur mon lieu de travail
les relations dans l'entreprise sont bonnes
-sans plus-
Inhumalnes peut-être
je ne suis qu'un tronc
je ne suis qu/une présence
un discours osseux
sans éclat
Il est midi
j'arrache les murs en sourdine
je cours au retour des camarades

 

 

je suis sur la blankfurt avenue
de la ville de Mulhouse France
devant un verre de bière brune
bien allemande
face à ma plume synthétique
un bout de papier s'emmerde
dans sa virginité
et dans la cicatrice dé ce type
au doigt fraîchement coupé
il y a mille souvenirs
de naissance et
de billard feutré

 

fin de la semaine
j'emprunte le tronc commun du samedi soir
une salla de spectacle
doucement pressurisée conditionnée
fauteuils salubres de moleskine
où remplacer un cul par un autre cul
à son tour remplacé
voyants lumineux                  sortie

 

cinema


ne pas gêner son voisin
par des manifestations intempestives

 

été de la cité
une grande fête
et la sueur se chiffre sur les murs

un bonheur
oiseau à la pointe
surgit des épaves du stress
puis oscille
entre joie et marasme
seul parmi la foule
j'hérite de visages en plein coeur
je fume nolres sur noires
crosses sur crosses
nerveux
jusqu'à la bière
j'ai hâte de corps et de voix
mais je me tais parmi la foule
comme le reptile rampant sur la nuit
tantôt me haïssant de l'intérieur
tantôt ouvert
une ampoule sur le ventre

 

dans la rue translucide
réverbère aux êtres et aux rencontres
aussi errance
néant et fièvre noire
au bar
sur la place
où je respire la crinière des uns
le silence des autres
je dis
organiste de mon cri
combien il est facile d'atteindre
la plus haute des solitudes

 

Dans une solitude
que la foule ou l'uniforme ne sécurisent pas
une angoisse de fond adhère à la vie
peu à peu
l'immonde page des faits divers
porte la vague à hauteur de bouche
féconde le son des voix
en un grincement violent d'ongles sur la pierre
on ne se déplace plus qu'à certaines heuree
un couteau au fond de le gorge
ou on se terre
la probabilité d'une rencontre heureuse
au kilomètre carré
diminue

 

passager de la rue
Il traverse
et découpe l'artère
sectaire aux murs et non aux êtres
il lance l'appel d'un verbe qui croasse
là où la femme n'a d'enfant
que chien de sève
il glisse un air de révolte
le chant des dissonances
au parcours des défigurés où
les yeux s'évitent
au torrent de la rue où
les corps sont toxiques
il réinvente la pureté
du regard
sans fard ni arme
puis d'une seule main
guérit.l'irradieux
plus tard
épuisé
sous l'oeil des reportera
Il s'immole
et meurt brûlé par la mer
aimant publique
palace
un pignon de voix

 

il est d'une grande solitude
et son histoire est caduque
histoire d'une
de deux
de tant de jetée
d'êtres concassés
il est issu d'un déluge
nocturne et périodique
qui lui passe sur le corps
l'arrache à cette porcelaine froide
qui sied en nous
il se réveille au solr tendre
sur une plage élaguée ouverte
des oiseaux au fond des yeux
lea os retournés jusqu'à la moëlle
à vif il résonne
l'émergence d'un commun appel
amarre à sa page
arcades et laminoirs
le voilà actif/opérationnel
de retour sur sa carte
il rêve à quelques grands destins
qu'il ne vivra pas
de grands destins
qui s'étranglent sur sa colonne
quand il tire la chasse d'aventure

 

je suis d'une fresque et d'une seule
celle artérielle et
propre da moi-mêrne
là où en compassion
en tension
en succion
ou sans caution
je cerne toute l'image du monde
toute ma vision

 

des présences pipes lines t'entraînent
de pierres en sinus
des formes en incombent
au respect
à la résignation
et tu voudrais te bien côter à l'azur
prendre les ailes
mais le néon vlbratile
étend la pâleur de ses cils

1977

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 01:00

je cherche le chant ventral
                  le chant orgue de mon corps
je traverse la forêt
j'écoute le ohant éolien de l'animal
              le chant tripal de l'éoorce et de la flore
un chant d'ordinateurs vivants

 

j'écoute les sifflets
             les stridences vocales
                                                 de 1'oiseau jour
             du rapace et de la proie

 

la forêt est un chant alternatif
             de haut voltage dans ma poitrine

 

je cherche le chant ventral
                  le chant vital
                  le chant orgue de mon corps

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 22:41

je suis sur la blankfurt avenue
de la ville de Mulhouse France
devant un verre de bière brune
bien allemande
face à ma plume synthétique
un bout de papier s'emmerde
dans sa virginité
et dans la cicatrice dé ce type
au doigt fraîchement coupé
il y a mille souvenirs
de naissance et
de billard feutré

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 00:09

Le lendemain, les vêpres le tirèrent de son sommeil. Il vit les vallées au loin qui s'enfuyaient dans une brume éphémère. Le monastère était un fanal de paix : une forge destinée, non pas à attiser, mais à faire fondre la barbarie des hommes.

Pendant ces journées, il n'eut pas une seconde pour penser au mal indéfinissable qui le rongeait. Il ramassa des noix et des châtaignes sur les terrasses des remparts, il obtint une serpe pour élaguer les herbes folles. Il remonta des pierres sur leur séant. Il mit de l'argile et de l'herbe entre les jointures, fit sécher les emplâtres. Il tailla les sarments de vigne sur le perron. Il souleva des troncs couverts de mousse. Leur chant faisait trembler les murs et se dispersait dans les combes d'Alquézar jusqu'aux ravines les plus profondes. Ces figures légendaires des moines ne se montraient pas. Il conversait avec Maria Dolores. Plutôt, il monologuait. Elle répétait ses derniers mots comme pour l'inciter à dérouler sa pelote, à se montrer tel qu'il était, rassemblait les légumes et préparait des fumigations. Il racontait à Soeur Maria Dolores de Gualfa en s'accompagnant de sa vielle, comment il avait caressé la tête de l'infante Mélina, comment les rois de Savoie et les nobles de l'Hérault ne jurait que par ses comptines et ses ballades. Il se surprit à la confidence de sa fuite avec Madame de Canteperle, ce qui lui avait valu une longue errance. À l'ombre du grand Christ de bois, qui changeait de position imperceptiblement, Maria Dolores semblait se ravir de ses aventures. Elle riait et déployait son voile jusqu'à ces épaules nues qui laissait entendre combien cette femme avait conservé l'anonymat de sa beauté. Ignacio Balthazar parlait, il se découvrait un incorrigible bavard. Cela semblait ne pas gêner Maria Dolores qui l'incitait encore à piocher dans ses souvenirs les plus lointains. Lorsque le soir arrivait et que par la force des choses il devait se taire, il se retrouvait seul devant un abîme de silence. Il avait l'impression que le serpent qui le recouvrait de sa mue s'étiolait. Il dévissait alors dans les gouffres du sommeil. Il avait dépassé le seuil des sept jours possibles dans le monastère. Il vaquait de plus en plus librement, espérant toujours surprendre les moines. Il aimait se promener dans le cloître sous les chapiteaux immémoriaux oú la pierre montrait ses arabesques. Il restait des heures après ses travaux, à contempler les ombres rédemptrices du Christ recouvertes d'écailles d'or qui miroitaient comme l'eau des torrents. Il entendait frémir les ailes des anges. Il s'émerveillait de la présentation de Jésus au temple, qui scintillait dès les premières morsures de l'aube.Il lui apparut, dans l'évidence d'un songe, que le renflement qui augurait de la présence des moines était un leurre. C'était Maria Dolores qui entrouvrait ou bouchait ingénieusement les ouvertures sous la coupole. Aussitôt un courant d'air gonflé par les sources souterraines montait jusqu'au plus haut de la chapelle et provoquait un grondement tellurique. Sa vielle s'aiguisait sur la pierre et accroissait dans les soupentes le souffle des moines, ajoutant à la légende du monastère d'Alquézar dont jamais un fourbe n'était revenu. Maria Dolores était la seule occupante du monastère. Il se tut.

Un autre jour, par un escalier dont l'entrée était dissimulée par une tonnelle de bois, il s'enfonça dans les entrailles de la terre. Il marcha sans chandelle, guidé par de subtils rayons de lumière. Il découvrit une crypte où rayonnait un soleil aussi versatile qu'une biche dans un bois. D'une hauteur de deux hommes, une fresque brillait d'un noir d'os et de la blancheur d'un lait de chaux. Un taureau haletant, un minotaure hilare, des hommes au crâne brisé baignant dans leur écume, une jument couchée par la foudre, des bras tendus qui montaient de l'enfer attiraient le regard. Au centre se tenait une vierge à demi nue, le corps strié par le sang des blessures, dont le fléau tournoyant décapitait la tête des monstres. Un par un . les crânes s'entrechoquaient dans une mêlée de fièvre et de sang. Il avait évité le choléra, avait croisé les guerres fratricides entre des armées dépenaillées. Il n'avait jamais vu un tel vacarme de fièvre et de sang. Il retrouva son chemin en vacillant dans les combles. Il disparut dans les profondeurs de sa couche pour ne reparaître que le lendemain. Il suivit discrètement Maria-Dolorès, en rampant à travers les feuillages jusqu'aux contreforts de l'édifice. Elle y descendait souvent en s'aidant d'un bâton de chêne centenaire. Il y avait là, sous une grotte, onze croix parfaitement alignées, couvertes d'aconit tue loup et d'anémones fringantes. Elles portaient les noms des frères du monastère. Il croisa le regard furieux de Maria Dolores. Elle tenait des deux mains son bâton, telle la madone de la crypte. Elle savait qu'il savait, mais elle ne leva pas son bâton. Il suffisait qu'il parle et peu de temps après, une horde de pilleurs assiégerait de nouveau le monastère, le sachant garder par une pauvre sœur aux yeux indolores. Il baissa le regard pour faire allégeance, comme s'il disait « je reste ».

Ignacio Balthazar libre de sa gangue allait se tenir désormais sur ses gardes, par crainte et par amour de Santa Maria Dolores de Gualfa, vierge maculée par le sang des combats et forteresse encore imprenable.

Mot-clé : Espagne

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 07:34

Ignace Balthazar se réveilla un beau matin de printemps dans la mue d'un serpent. Son œil était sec. Son ombre s'agitait à ses côtés, mais sans succès. Après avoir officié des mois durant dans la demeure de l'illustre Seigneur Haran de Millepertus, il restait inerte, rivé sur sa couche, refusant d'accomplir la tâche qui lui incombait. Comme cela n'était pas dans ses habitudes, lui qui, chaque jour durant, avait égayé le village et donné aux enfants des nobles dignitaires ainsi qu'à leur serviteurs le pressentiment d'une vie heureuse. Il semblait que cette fois, Dieu avait décidé de le rappeler auprès de lui pour exercer au paradis des troubadours. Haran de Millepertus appela le prêtre Jose Arague, homme d'église et de bon sens qui avait fait accompagner jusqu'à leur dernière demeure nombre de pêcheurs sans jamais outrepasser ses fonctions, au contraire des médecins de foire, habile à faire passer de vie à trépas. Ignace Balthasar aussi faible était-il, ne sentait pas pour autant monter les fumerolles acides de la mort. Il ne respirait pas les volutes d'ambre et de silice et ne voyait pas approcher les carrosses aux roues de silences qui annoncent habituellement le dernier soupir. Jose Arague, qui s'attendait à une extrême onction de première main, comme il les aimait, car pensait-il, cela retardait son propre passage, se remit de sa déception en se rappelant que son rôle d'huissier du paradis pouvait se concevoir dans les deux sens et qu'il lui arrivait de faire revivre ses sujets. Il proposa de partir vers les chemins de Compostelle. « Ad augusta per angusta ! Par des chemins étroits, elle est la route qui mène droit au seigneur !» dit-il extatique. Le lendemain, avec les forces qui lui restaient, fustigé par Haran de Millepertus qui s'impatientait de tant de paresse, sans raison ni trépas, Ignace Balthasar entrouvrit sa pelisse et s'enfuit en titubant, à la recherche de son âme.

Il alla droit vers les montagnes pyrénéennes. Quand il entra dans le royaume d'Espagne par la province d'Huesca, il chanta à satiété la victoire d'Alquézar où des trésors immanents étaient conservés. Dans ce monastère dont nul ne semblait savoir oú il se trouvait, une poignée de moines invincibles avaient selon la légende, repoussé une armée de pillards. Depuis, plus personne qui ne fut de bonne intention ne pouvait s'approcher du monastère sous peine de finir noyé sous une cascade ou pétri aux remugles de l'enfer. Ignace savait de sa vielle tirer les sons les plus étranges, à faire taire un grand corbeau ou frémir un chêne centenaire. Lorsqu'il était à bout, il faisait vriller l'instrument. Grâce à ce stratagème, il pouvait enfin tomber dans les oubliettes du sommeil.

Un jour, il perdit le chemin de Compostelle. La terre de la province d'Huesca était striée de torrents grimaçants et de falaises aspirantes. Il rencontra trois hommes à tête de vautour qui jouait aux dés sur un dolmen tombé du ciel. Il demanda son chemin, ce qui fit glapir les trois griffons. Ils indiquèrent un sentier détourné qui s'enfonçait dans une vallée sombre et verte. Au détour d'un sentier, sur une colline rabotée par le vent, il aperçut au loin le monastère qui dominait le pays. Sur le seuil orné d'un arc cintré, il frappa de plusieurs coups le heurtoir. Soeur Maria Dolores de Gualfa entrouvrit la lourde porte d'Alquézar. Elle esquissa une moue peu chrétienne, se ravisa peu à peu et le dévisagea le temps d'un sablier. Pétrifié par les yeux indolores de Maria Dolores, après avoir décliné son nom, Ignacio resta immobile comme la margelle d'un puits, prêt à servir. La femme qui se tenait devant lui avait perdu son âge, elle n'était sans âge. Sa voix était éraillée sans que l'on puisse savoir si la cause en était la solitude ou les vents capricieux qui naissaient des reliefs tourmentés. Elle portait une longue robe de bure qui ne laissait pas deviner la forme taillée comme un arc de son corps. Son voile jetait son front dans la pénombre. Ignacio Balthazar avait la figure défaite, lui qui arpentait depuis des jours les Pyrénées fauves. «  Lever sans distinction au soleil, prière quatre fois par jour dans la chapelle. Vous nettoyez vous-même votre couche. Les voyageurs ne sont pas admis plus de sept jours. Les couperets tranchants me sont remis. Pour le reste, ce qu'il plaît à Dieu, et pour sa gloire et votre salut. Ne cherchez pas, à vous en soustraire. » Maria Dolores qui avait éprouvé autant de vies que de labeurs dédiés à l'élévation de notre seigneur Jésus lui montra sa couche. Elle disparut dans les alcôves. Il entendit voleter l'effet d'une robe de satin. (2)

http://imgll.trivago.com/uploadimages/38/16/3816071_l.jpeg

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 22:09

  Il était une fois une vieille fille très belle et très intelligente qui vivait dans un pays affable. Elle était au désespoir et soupçonnait sa solitude de n'en faire qu'à sa tête. Pour gagner son mystère, elle s'enfuit dans un pays où le sable poussait tête nue et la lune se montrait du doigt. Cet apprentissage fit renaître sa faconde. Elle cessa de se parcourir de sa lampe de poche... Loin des officines, elle rencontra un ténébreux, le genre de type qu'elle évitait. Il avait une tête à marcher sur la braise et un royal accent. Pour avoir le coeur net, elle l'aima jusqu'au bout des ongles. Ils ne se marièrent pas et vécurent ensemble. Puis sur un brelan de valet, il la laissa avec une petite fille très belle et très intelligente...

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Christophe Tournier - dans Poémes oubliés
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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 22:20

Il attendait sans doute que sa malicieuse Peugeot se joue des contrôles techniques, mais sa carcasse venait de s'affaisser sans rémission sur un dos d'âne : résultat de la créativité d'un maire ayant devancé les soupçons de n'en pas faire assez pour sauver les enfants de sa commune. Idil maudit son souci d'économie. Il savait que sa voiture le lâcherait du jour au lendemain. Il avait caressé jusque-là sa bonne fortune. Mais, alors qu'il rassemblait ses affaires et confondait, en leur infligeant une volée de coups de pied, les pneus de l'innocente avec son postérieur, un corbillard blanc s'arrêta à sa hauteur. Burdin Weiler était une barbe de plusieurs jours sur un petit corps carré et trapu, taillé à la manière de son addiction véhiculaire : le camping-car. De telle sorte que l'on aurait pu le glisser dans un des placards rectangulaires, coulisses de sa fierté. En tout ce qui approchait son Légo et les méandres de la route empruntée par celui-ci, il était inflexible de tendresse. Il portait l'uniforme du caravanier : un short-bermuda surmonté d'une casquette. Il avait dédié sa vie de baroudeur à la cause de sa pantoufle dorlotante, à la direction assistée. Il s'émouvait à chaque kilomètre des flonflons de son moteur et aimait, dans le foisonnement des radios, dérouler les imprévus de la route.

Sur le toit, grâce au harnachement télescopique, Burdin libéra une remorque. Sur cet attelage salutaire, les deux hommes réussirent avec un treuil, dissimulé sous le véhicule, à hisser la cuisinière dans un babil de roulements. Idil eut le privilège insigne du copilote. Il en acquit toute l'humilité . La calanque du conducteur dominait l'abîme de la route en glorifiant la symphonique du moteur. Burdin ne se faisait pas prier pour parler de sa passion motrice lorsqu'il croisait une âme curieuse telle Idil. Il voyait le monde comme un vaste ruban sur lequel il déroulait son coucou en caressant la frise de son volant, respirant la liberté de se poser ou bon lui semblait, ou plutôt sur n'importe quelle aire dévolue à ses pareils. Burdin Weiler aimait regarder scintiller la mer derrière la vitre diaphane. Il se délectait de lointains clochers qui striaient l'horizon de balises spirituelles. Il écoutait le vibration organique de son moteur qui concentrait en quatre temps et huit soupapes toute l'ingéniosité lyrique du second principe de la thermodynamique. Sa carafe roulante était un sommet dans l'art de l'option et une érection de confort et de praticabilité, de telle sorte qu'au salon des arts ménagers, le simple apparât de son intérieur aurait suffi à en faire la vedette tutélaire. « Voyez plutôt, ceci ... » lançait Burdin. Un four idoine; une cuisinière induite au propre comme au figuré ; un placard déployant dans lequel on aurait même pu ranger la carène de Burdin. Un baldaquin étirable ; des stores automatiques apprentis maladroits des caprices du soleil, une cuisine américaine sur roulettes, une poubelle gonflable, une toilette pontifiante apte à compacter plusieurs jours de siège ; une porte soufflante de WC capitonnée pour amortir les pets. Un balai rétractable; une télévision toute en platitude captant la main invisible du monde avec une inclinaison pour le Tour de France. Un pot de roses artificielles, salivantes à demeure ; un portrait de famille kalédoscopique ; une table compilable en rebord de fenêtre ; un pèse robot matinal ; un hublot pour capter les mouvements d'étoiles le long des autoroutes ; une machine à laver les effleurements de trottoirs ; un réveil papal ; l'ombre du Christ en croix ; un bonzaï en plastique pour compenser le bitume ; une niche à chien rétractable en boîte à chaussures ; une gondole à whisky escamotable en barque à frites ; un ventilateur caresse mollet ; une range chewing-gum et canettes; une loupiote de grand-mère pour les nuits interminables ; une armoire à nostalgie pour les longs cours ; une maquette de bateau pour équilibrer les rêves ; un escalier périscope en colimaçon ; un congélateur à songes ; des jumelles en pendentif à la manière du vélo paresseux sanglées à l'arrière, un teckel luminescent qui hoche la tête ; un jeu de cartes du Mont-Saint-Michel...

En refaisant le monde, ils arrivèrent à l'entrepôt. On établit la cuisinière dans une salle attenante à la plateforme. Les deux hommes se délectèrent d'une bière fraîche issue du sérail de Burdin. Pour les amis, celui-ci se prit à imaginer tout haut la bâtisse dédiée à son idéal, accueillant ses congénères dans un arrangement géométrique de parfaits épis. Il dénia, la larme à l'œil, aux critiques toute objectivité. « Les campings-caristes sont des gens pacifiques qui font vivre les commerces des petites villes. Ils n'aspirent qu'à la liberté et à la tranquillité. Malheureusement, des associations mal intentionnées nous dénigrent : Le FLACC Front de lutte Anti Camping Car, le FAICACA (Front Anti Invasion des Campings Cars). Nous devons nous défier constamment de ces gens-là qui salissent notre réputation et notre image. »

Idil hypnotisé, à la seconde de ces bières de garde qui mûrissent en abbaye plutôt que dans la calebosse d'une caravane, se sentit solidaire des congénères de Burdin qui sont des braves gens du voyage, des retraités curieux du monde et qui passent leur temps à le découper en bandes blanches. Il s'éprouva lui aussi dans un dé mobile à tirer sa route au hasard des numéros. Burdin le généreux retrouva tout à coup ses ailes d'ancien gérant de Brico-Champ et des salles de bains de Bruges. « Voyons plutôt, ceci ...» Là, une VMC tirerait les affres de la cuisinières vers l'extérieur, ici, dans le renfoncement où hésite la lumière une bonne partie de la journée, on disposerait une verrière pour capter les remugles de chaleur. Un parterre de roses hollandaises le long du mur principal ferait une belle affaire. Il faudrait frotter les murs avec de la lessive ou de la soude. Mettre des pierres apparentes pour combler les trous. Lisser les tables des ateliers à la cire. Enfin, l'oeil pétillant comme une bière, Burdin demanda une faveur «Tu sais ce que j'aimerais, c'est entendre mon moteur tout en haut de l'escalier !». On glissa la pompeuse sébile jusqu'au parvis. À hauteur des soupentes, la casquette démontée, l'oreille parabolique de Burdin écouta pendant quelques minutes, décoller de la plafeforme de l'entrepôt la musique de son carosse.

Le logo « Globe Trotter » qui figure sur l'entête de l'illustre rappelle à l'Alphonse, qui l'aurait oublié, que le conducteur de cette fresque ambulante est un bourlingueur sans attaches, un vrai. Dès l'aube, Burdin enlève ses cales, fait chauffer longuement son moteur pour écouter le silence et disparait solitaire dans l'horizon gouleyant des grandes routes dominicales, striées d'ondes FM et d'échangeurs tournoyants comme des manèges.

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Christophe Tournier - dans Feuilleton
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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 22:32

Cette avarice pointilleuse, il la tenait de son père Charles Emmanuel Hoblot, fils de pied noir qui comme beaucoup de ses congénères avait quitté l'Algérie par un petit matin sec pour ne plus jamais y revenir, même pas en rêve. Le père de Charles, Eugène Ignace Hoblot, avait enfoui définitivement l'Algérie dans un album d'images paradisiaques et disparues que l'on n'aurait même pas pu découvrir en cas d'autopsie ou de passage au scanner. Charles avait été toute sa vie, délégué à l'aménagement du territoire. Il avait tracé des autoroutes ondoyantes, pour lesquelles des trésors de compromis étaient déployés afin de ne pas déchirer la propriété d'un Alphonse ou d'éviter les ronflements de moteurs ravalant la quiétude d'un village : le tout se terminant le plus souvent par une souveraine soumission au bien général. La Route des Titans, forte de ses sept viaducs et tunnels en enfilade, plongeant au cœur des Alpes, c'était lui !

Il dévoilait, comme d'autres développent une claustrophobie ou une allergie au gluten, une impossibilité compulsive de sortir son porte-monnaie. Lui-même en était la première victime. Il buvait chaque jour de la piquette difficile à dégoter plutôt que de profiter des formidables progrès dans l'élaboration des vins. Il mangeait du pain sec, cuit à la sauvette, plutôt que de se régaler de pains frais où proliféraient comme autant de fèves, des graines de lin ou de sésame. Il usait ses chemises jusqu'à ce que le col devienne translucide et en conservait les boutons dans des boîtes d'épices. Il laissait ses économies auprès de banques douteuses, aux marges certaines, aux prises avec les affres des jeux obscurs de la finance sans profiter le moins du monde d'un labeur dédié aux paysages et à la fluidité de son pays. Le grand Charles avait développé une propension inégalée à se faire payer des cafés et à se faire inviter sans contrepartie, à offrir des cadeaux aussi tocs que prétentieux, à emporter le magazine oublié sur la table par ses hôtes, à voyager par procuration en écoutant les récits des conteurs, à préférer l'écran de sa télévision pour éviter les cinémas. Il connaissait les dédales des parkings privés afin d'y glisser sa voiture pour faire la nique aux horodateurs. Il savait conter fleurette aux aubergines et pleurer misère, avant de jouer de ses relations, face aux motards afin de s'affranchir de toute contravention. Il participait à de multiples concours autour des gondoles de supermarchés. Ainsi, le tout jeune Idil avait écumé Disneyland grâce aux exclusivités de son père et fait une croisière en Méditerranée sur le Costa Curta sans sortir des piscines pendant que des garçons en livrée lui servaient de glaces italiennes et des jus de fruits à volonté. Cette faculté d'abstinence héritée de son père avait développé chez Idil une passion pour les vieilles marmites et les objets ravagés par le temps. Idil avait le nez pour découvrir des gisements d'or sous la poussière. Sa fidélité aux choses et aux êtres était sans pareille : son avarice le protégeait de toute dispersion inutile.

 

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Christophe Tournier - dans Feuilleton
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  • : Ce blog animé par Christophe Tournier, auteur du manuel d'impro, est consacré à la poésie écrite à l'emporte-pièce, à l'écriture improvisée, au miracle de la langue sur le bout de la langue, à l'amour des mots... Il s'intéresse au processus d'écriture et de création, aux mots scandés. L'improvisation est son credo. Il se veut laboratoire d'oralité pour son auteur et atelier d'écriture. Exercices de scansion et de déclamation, premiers jets, polissages et écriture classique.
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