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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 00:05

Il s'était attaché à l'entrepôt. Son abandon hâtif par les ouvriers l'avait rendu brutalement au silence. Le moindre frémissement, les pas furtifs, acquéraient une dimension inhabituelle, bousculant la hiérarchie des événements anodins. Idil se plaisait à flâner au centre en écoutant le tremblement des rambardes, en imaginant le tourbillon des thermiques le long des escaliers. Le local technique, avec son tableau électrique agonisant, bourdonnait encore des rixes fantômes de l'entrepôt et dispensait d'erratiques entrechocs. Les échos de la ville reprenaient haleine en s'enrobant sous les toits et raillaient la poussière. La balance du monde passait par tous les pores du bâtiment et se mixait à la stature de l'édifice faîte d'isolement. L'ancienne dalle, plaque tournante des activités industrielles, était devenue un amphithéâtre. Dans cette zone désaffectée, aucun habitant n'avait intérêt à ce bâtiment, futile et imposant. Idil l'avait acquise pour une bouchée de pain. Son « éminente bâtisse » : c'est ainsi qu'il l'avait surnommée !

 

Une simple photo sur un site de petites annonces l'avait attiré. Au premier coup d'oeil, Idil était tombé amoureux de la cuisinière. Au fin fond de la Franche-Comté, un certain Jeannot délivrait pour une obole sa gigantesque cuisinière quatre feux, four électrique et gaz. La belle, unique en son genre et patinée comme une riche veuve, s'offrait au prétendant motivé qui s'engagerait à lui offrir une vie décente dans un milieu confiné afin qu'elle puisse exprimer toute son ardeur et user de toutes ses options : sans équivalent dans le monde de la fonte calorifique. La belle roturière arborait l'écusson de sa marque prestigieuse et était teintée d'un émail blanc crème indestructible attisé par un fin liseré, rejetant l'esthétique charbonneuse du siècle passé pour privilégier l'art déco.

 

Idil entreprit le voyage dans sa vieille carriole, une Peugeot dont, autant par surprise que par décence, le premier Alphonse venu ne manquait pas de s'enquérir du nombre de kilomètres parcourus afin de manifester toute son admiration. D'autant plus qu'Idil l'avait conservé autant par souci d'économie que par goût de l'exploit. Il s'était rendu chez le Jeannot, un paysan bougon et altier qui, en découvrant la passion inattendue d'Idil, laissa partir la machine avec une frénésie bavarde qu'il ne se connaissait pas. La belle était plus riche de promesses dans la lumière timide d'une grange ouverte à tout vent que dans la pâleur du dépliant publicitaire qui, avec un peu de plomb dans l'aile, vantait ses capacités de communication. Le Jeannot qui avait préparé une palette à roulettes pour pouvoir la hisser dans le coffre lui laissa même l'ingénieux assortiment. Ils dégustèrent une liqueur de framboises issue du bar à merveille dont Jeannot était le tenancier. Une vipère licornée attendait au fond d'une bouteille. Un génépi sacerdotal trônait sur la plus vaillante des étagères. Jeannot confia les montants de sa retraite de mécanicien agricole, qui après un siècle de lutte ouvrière et d'acquis sociaux était autant de misères que ses bouteilles de gniaule étaient des trésors. Idil l'aperçut une dernière fois dans le rétroviseur, casquette à la main, laissant apparaître ses deux oreilles soupes au lait, souhaitant un vrai destin à la divine cuisinière.

 

À une centaine de kilomètres de Balvise, le train de la Peugeot s'affaissa sans rémission sur un dos d'âne : résultat de la créativité d'un maire ayant devancé les soupçons de n'en pas faire assez pour sauver les enfants de sa commune. Idil maudit sa vaine pingrerie en donnant des coups de pieds rageur dans les pneux de l'infortunée. Il savait que sa voiture le lâcherait du jour au lendemain. Il savait le risque et avait caressé jusque-là, sa bonne fortune. Elle l'avait laissé tomber au plus mauvais moment, chargée à bloc. 

 

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Christophe Tournier - dans Feuilleton
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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 21:11

 

Thème de la soirée : au fil de l’eau
Mots clés du public : ampoule, fleur, champignons

Billot de bois est éleveur de source. Au sommet de la montagne il regarde l’horizon où le fleuve se jette dans la mer écumante. Quand le soleil s’est couché sur l’horizon, Billot est seul dans la nuit obscure et se réchauffe auprès d’une ampoule jaune dans le fond de sa cabane. Billot de Bois est amoureux de Dame passerelle qui habite un peu plus bas dans la plaine. Il lui écrit des mots d’amour en lettre de fleur. Pétale d’Edelweiss blanc comme la neige, zeste d’Arnica et feuilles de millepertuis qui descendent en filets délicats et subtils le long de la rivière pour Dame passerelle. Hélas, Œil de cuistre, le monstre veille. L’hideux est couvert de champignons, il sent le ranci. Il passe son temps à cracher dans l’eau pure et cristalline qui descend de la montagne. Ses crachats tourbillonnent dans l’eau, se transforment en filets marron qui charrient leurs alluvions. Il lance ses morceaux d’ongle qui ricochent sur l’eau, et qui emportent par le fond pétales et feuilles. En bas, Dame Passerelle ne reconnaît plus les mots d’amour de Billot de Bois. Devant tant d’immondices charriées par le courant, « M’aime-t-il toujours ? » se plaint-elle à la truite grasse et vermeille qui aime à remonter les cours. « Vos mots d’amour ne sont que chariots de boue. » explique-t-elle là-haut à l’infortuné… Lui qui raconte encore et encore le chagrin de Dame Passerelle.

Voilà que Billot de Bois cueille frénétiquement le Jasmin, le calendula et le millepertuis. Voilà qu’il les presse entre deux billots, une vraie meule. Couvert d’ampoules, épuisé par l’urgent labeur de tous les jours, voilà qu’il jette l’huile dans la rivière. Œil de Cuistre dans la pente crache dans l’eau, mais ces crachats ne tourbillonnent plus dans l’eau. Œil de Cuistre lance ses ongles sales et crasseux au ras de l’eau et ils ne ricochent pas. Ils finissent par couler comme de vulgaires cailloux inertes. Alors un jour, Œil de Cuistre s’en va, las de ne pouvoir plus répandre dans l’eau transparente ses ordures suintantes. On dit qu’il s’est enfui dans le lointain pays de Niagara. Tandis que Billot-de-Bois peut reprendre ses mots d’amour : moins d’huile et plus de fleurs. Il ne reste désormais au fond de l’eau que quelques cailloux malencontreux qui font des rapides et transforment les mots doux multicolores en arc-en ciel. Ainsi, mesdames et messieurs, lorsque vous regarderez dans la direction de la mer, vous y verrez une mer d’huile. Vous penserez alors à Billot de Bois et à toute l’huile qu’il a dû livrer à la source pour faire fuir Œil de Cuistre et pour que la source retrouve son éclat de cristal et lui rende les mots d’amour qu’il écrivait à dame Passerelle.

Contes à l’Oreille – janvier 2007 -

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 20:39

Frastic, le rebelle vibrant, doté d'une cravate galbée d'une fausse pince et marinée de vagues s'écoulant en sens inverse des panygériques classiques que la gente commerciale se plaît à arborer, s'adresse solennellement aux Balvisiens. À sa droite, on découvre le patchwork féminin, une silhouette enluminée célébrant l'universel multicolore et le ventre de la mappemonde comme le revendique la plaque inaugurale.
"Chères balvisiennes et balvisiens, Varium et mutabile semper ! (Chose variable et toujours changeante que la femme) cette sculpture nouvelle est le résultat d'un processus de création, le produit d'une grâce sussurrée, d'une inspiration fractale. Elle n'est pas le produit d'une émergence spontanée, certes, sympathique mais vaine et sans finalité. Elle n'est pas le fruit issu du diable Vauvert ou de l'initiative solitaire de l'Archibald. Elle est le résultat indéniable de sa reluctance mirifique, de son indulgence rageante, de son double poids sans démesure, c'est-à-dire le fructueux Beniel. Ce dernier a été la voie lactée qui a permis aux constellations d'artistes de se réunir et de collaborer. Beniel, le cœur à l'ouvrage a été un soutien de tous les instants, la trêve et l'espoir dans le tunnel creusé entre l'ombre à la lumière. L'artiste n'est plus ce sbire isolé, cette sentinelle fluctuante livrée aux affres de l'inspiration et d'une quête matérielle qui ne sont qu'entraves à sa création. Que cela résonne désormais dans le landernau des paresseux de l'éveil : les artistes balvisiens ne seront plus jamais seuls. L'ombre bienveillante à Beniel veille sur eux. L'art est nécessaire à la cité. Il développe l'esprit pugnace, il élève l'âme, il aiguise les visions, il stimule l'émotion, grande prédatrice de l'oppression. L'art éduque les cœurs post mortem, plonge dans les millénaires afin que chaque Balvisien, de l'Archibald à l'Archibald, au quotidien fasse de Balvise une cité éternelle. Oui, grâce à Beniel, nous sommes " vice sacralement " attachés à la culture, à l'art total, à la création libre. Que les citoyens volontaires pour cet effort sans précédent se munissent du dossier et remplissent les cases à cocher ! "

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 21:35

Beniel voulait démarrer son mandat en fanfare et de faire de cette fanfare l'empreinte de son mandat. Il réunit sa « dream team ». Lorsque l'on est à l'avant-garde de la majorité silencieuse, il faut savoir devancer son appel et « cap maintenir » - formule précieuse qu'il avait inventée à brûle-pourpoint -. « Les Balvisiens ont soif de justice !» Frastic était un créateur encensé et notoire. Maltuque était un diamant brut, une fornication d'idées et de concepts. Beniel s'inspirait des grands sémaphores de Maltuque, élaborés dans la clandestinité – entendez loin du harcèlement des médias, au café de l'université, dont le manque de subventions avait terni le blason -. Maltuque déclina un métaprogramme : le programme des programmes. Beniel serait à la proue de l'innovation sociétale battant le fer avant qu'il soit chaud. Les masses dans leur sagesse immémoriale suivraient si on les y préparait. Les idées sont des parapets qui engendrent les précipices. La meilleure façon de préparer l'avenir est de le prendre à bras le corps en luttant contre toutes les formes d'oppression, par tous les moyens, ou suivant le point de vue que l'on adopte de prendre sa mallette et de faire son travail avec conscience et professionnalisme. Grâce à une planification d'orfèvre, si la Révolution ne venait pas aux masses, elle irait à leur rencontre : miraculeuse et ostentatoire. En posant la majuscule sur le mot délictueux de sa prime et flamboyante jeunesse, le génial Maltuque se laissait emporter par le renouement avec ses idéaux auxquels, contrairement à beaucoup d'autres, lui, le philosophe pensant, n'avait pas renoncé. Beniel était un politicien dynamique, un vrai battant. Il avait toujours été le porte-drapeau de la contestation, le dénonciateur des marges superfétatoires des commercieux. Ceux-ci rétifs à la compassion, hostiles à toute humanité rendaient impossible l'égalité de destin entre Balvisiens. Beniel était le ventricule bienveillant de Balvise. Grâce à Maltuque, l'ultime penseur, il serait l'insurrecteur verbal permanent. Son élan allait montrer la voie ou l'ornière suivant le point de vue.

Chaque semaine, le peuple de Balvise à savoir les partisans irascibles de Beniel organiseraient un rassemblement sur des thémes qui sont la charpente discrète de l'oppression. Ceux-ci étaient sous la férule du grand Maltuque, même s'il échappait parfois que leur résolution pouvait incomber directement au pouvoir en place : Beniel lui-même qui, il faut le rappeler venait d'etre propulsé au centre de toutes les décisions, car élu primat, grand clerc, bourgmestre, président, haut de poupe ou tout autre affublement qui seyait à ses affidés. La liste de moulins à vent dont la vacuité se disputait à l'actualité était établie par Maltuque et sujette en fonction des opportunités à tous les bouleversements.
Rassemblements contre les bavures et pour l'accroissement des moyens de luttes contre les aléas et les tempêtes, pour un décret de bon voisinage, pour l'obligation de respect et pour la bonne humeur, pour une charte des clowns et des bateleurs de foire, contre l'œil de Moscou et pour la protection des Balvisiens, contre les complots, contre le travail précaire et les licenciements des cueilleurs de fraises, contre l'abondance et la publicité arbitraire, pour une circulation fluide des piétons et l'introduction de pousses -pousses électriques, contre les fientes d'oiseaux et pour les espaces verts, contre les oranges serviles aux dictatures et les tomates biseautées, Contre les zoos exotiques et les corridas, pour les squatteurs de square et l'occupation nocturne des églises, pour la réquisition salutaire des vues sur la mer et des caves vacantes, pour un moratoire contre les marteaux piqueurs et le travail de nuit, contre les néo médisants, pour le choc des cultures, contre les ondes adipeuses et versatiles, pour le binôme de concierge, contre le chômage des palefreniers et la vie chère, pour le lustre des ascenseurs, pour la régulation de la taille des platanes, pour les jardins organiques, contre les acronymes et pour la transparence des grands cercles, Contre l'arrogance de la cédille envers les demandeurs d'asile, Pour une charte de protection du cerveau droit, pour le droit à l'épanouissement, pour une tolérance zélée envers les ratures des écoliers, pour l'interdiction des croix provocantes, pour les services ludiques et la gratuité des psys, pour un calendrier de révision des concessions à perpétuité, pour l'éradication des pétoires, pour le doublement du salaire plancher et contre les Legos fabriqués hors continent, pour la reconnaissance des minorités non ethniques et constituées....

Il fallait tout d abord donner confiance et montrer que par la volonté, il était possible de combattre le Leviathan de la bosse du commerce. Les forces invisibles n'étaient pas une fatalité contre laquelle l'Archibald était impuissant. Par une philosophie nouvelle, entendez Maltuquéenne, Beniel le bienveillant allait imposer sa bulle. Les forces invisibles étaient de mèche avec les commercieux ou suivant le point de vue le clientélisme du pouvoir permettaient les fricotages avec des commercieux serviles de manière à ce qu'ils deviennent les grands colons de la ville de Balvise. Il suffisait d 'attaquer les balivernes économiques par le collet, de prendre le tonneau par les dents ou le mors par les anses. Beniel avait de la jugulaire et celle-ci s'appelait Maltuque... Les forces invisibles n'avaient qu'à bien se tenir !

 

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Christophe Tournier - dans Feuilleton
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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 22:49

Dans une combe discrète du cimetière de Balvise, s'épanouit la tombe d'Amil Bastahan, un lointain pataphysicien qui aurait promu païennement la multiplication des petits pains. Les citoyens occultes de la cité recouvrent sa tombe de fleurs.

Beniel, ce « lever de lune anticonformiste », comme l'avait appelé Frastic, attaquait dans l'œuf l'indolence de Balvise pour marquer l'histoire et l'harnacher au carrosse de l'avenir ou suivant le point de vue pour faire de la cité une république bananière. Il alla chercher un professeur de philosophie dont les articles avaient décorner les boeufs dans la gazette. Il avait auparavant canoté dans toutes les couches de la société. Il s'appelait Maltuque. Il professait depuis toujours, à contre-courant de la pensée inique la plus répandue, un retour au pragma, une rationalisation permanente des facteurs de production. Il rêvait de construire de nouveaux idéaux pour la jeunesse afin de lui redonner espoir par un retour inspiré vers la communauté atavique loin de la bosse du commerce dont chacun en était conscient, faisait flamber les inégalités sociales. Le cabinet de Beniel était constitué : à gauche Frastic le rebelle, à droite, devenu conseiller économique par la force des choses ou par sa profession d'humaniste affiché, Maltuque le sage. Le valeureux Beniel n'aurait désormais de cesse d'éveiller la créativité de ses ouailles ou selon le point de vue de stimuler la médiocrité. Afin de marquer cette nouvelle ère, Beniel fit disparaître le Goitre de Saint-Jacques qui ridiculisait la cité. Après avoir réuni toutes les associations, ou selon le point de vue fait ramper celles-ci sous la dictée de Frastic, il fit remplacer le Goitre par un patchwork féminin. Silhouette telle qu'on la trouve parfois à l'entrée des ports, la sirène enluminée célébrait l'universalité à travers des seins nus et multicolores, un ventre de mappemonde et des écailles phosphorescentes que les langues occultes baptisèrent bientôt la marâtre de Saint Jacques. On dispersa les restes de Goître à la décharge et la nuit vit quelques ombres rassembler dévotement, qui un bras, qui un morceau de jambe, les débris de la statue.

 

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Christophe Tournier - dans Feuilleton
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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 21:25

Dans le temps, les marins amarraient les bateaux au goître de Saint-Jacques. C'était une statue taillée dans la masse qui semblait célébrer tout le pathétique de l'humanité. Pieds de chèvre et cuisses épaisses, ventre rebondi au nombril protubérant, nez grossier sur des lèvres charnues entre sourire et interrogation, bras efflanqués, tel apparaissait l'imposante silhouette. Le goitre semblait se moquer des figures de proue évanescentes que les pêcheurs plaçaient à la proue de leur cargo. Lorsque Imar Beniel, face à Fédor Mouly, surnommé la Carpe, prit la mairie de Balvise, avec le slogan « Conjurons ensemble les forces de l'invisible ! » il envisageait déjà secrètement de remplacer cette statue spirituellement insalubre.

Ce fonctionnaire de haute voltige avait gravi tous les échelons avait serré toutes les mains et prononcé tous les discours. Il était moyennement bâti de sorte qu'en toutes circonstances, il plaisait à l'Archibald, il rassurait le vieillard endimanché, le mécanicien désœuvré ou le bourgeois indélébile. Ou bien suivant le point de vue que l'on adoptait : Son sens de la communauté dissimulait un appétit irréversible pour l'accaparement à ses propres fins de la chose publique...

Balvise, ville côtière, était un carrefour portuaire et emblématique de la région. Beniel ne manquait pas de se montrer ou d'apporter son indéfectible soutien à toute initiative innovante d'un point de vue social susceptible de faire avancer ce l'on ne savait quoi encore pour lequel il se battait. Ainsi, il prit sous son aile Frastik, le rebelle. Après de nombreuses mises à feu de poubelles, le virevoltant Frastik s'était reconverti dans des happenings peinturlesques et théâtraux portant à combustion la critique d'une société aphone et génératrice d'inégalités insupportables, suivant le point de vue le plus répandu. Il aimait grâce à des performances vidéo qui faisaient florés sur la toile, surprendre l'Archibald - le Balvisien moyen - et réveiller en lui une révolte salvatrice. Beniel offrit à Frastik le voyage de ses rêves dans l'Ouest américain, contrée suscitant les sentiments les plus controversés dans l'opinion générale. Sa créativité en fut-elle sublimée ? Tout jurait-il qu'il en revint avec une fidélité sans failles pour Beniel, dissimulée derrière une bouffonnerie insolente : « Votre haute commisération ! Votre compassion de tous les instants ! Votre inamovible dynamique » appelait-il Beniel devant la presse.

« Qui dit anar à 20 ans, dit fonctionnaire à 40 » Frastik commençait, selon d'invisibles langues, à tester ce vieil adage.

Beniel était l'homme providentiel de Balvise : pour ses partisans. Mais selon ses opposants, cette cité prospère ce carrefour portuaire, en avait-elle réellement besoin ?   

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Christophe Tournier - dans Feuilleton
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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 20:14

Prompteur :

Appareil sur lequel défile le texte que peut lire le présentateur de télévision.

Imprompteur :

Peronnage qui habite l'improvisateur lorsqu'il a l'impression quun appareil extèrieur ou qu'une tierce personne s'exprime à travers lui sans qu'il fasse e moindre effort. 

 

Deux personnages habitent l'écrivain-improvisateur : l^écrivain classique assis à sa table ou celui qui marche, qui travaille, qui réfléchit  et son imprompteur, celui qu'il faut réveiller et certes échauffer un peu , mais qui improvise, parle tout seul avec sa voix à lui. L'écrivain lui n'a plus qu'à appliquer sa mise en forme et son style...

Avec l'écrivain, il y a toujours un peu de l'imprompteur. Avec l'imprompteur, il y a d'abord un improvisateur, un écrivain oral, debout et qui profère son texte à haute-voix.

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Christophe Tournier
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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 23:17

Grenaille scintillante

Les mots sont comme de minuscules éclats qui tanguent dans ma poitrine.

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 20:22

L'art avec un grand A est un et insubmersible. L'art avec un grand L se découpe en tranches. Prenez le dadaïsme, c'est l'art du chevalet au petit trot, L'argot ce n'est pas celui de claquer la porte mais plutôt de prendre la poudre d'estampes. L'art déco, c'est l'art féminin qui consiste à jouer des reflets de lumière entre les seins pour faire de l'ombre aux femmes mariées avec son décolleté. Le cubisme, c'est l'art de la mise en boîte. L'art balai, c'est la peinture en brosse, masculin de l'arbalète qui consiste à attirer les ballerines. L'harmonica c'est l'art de Monique de se faire passer pour Monica afin de se faire élire Miss Art.  Mix'arts, vous avez dit Mix arts comme c'est bizarre! Bravo pour le choix calligraphique du nom de l'exposition, Le A est la chaise à dossier de l'alphabet conçue par Philippe Starck. Comme elle n'est pas très confortable, il reste la chaise pliante du X qui vous aide à méditer des heures devant les oeuvres.  
Aphorisme : l'art murmure!

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 23:35

Dans le même esprit que les explorations de ce blog, on trouvera ici un compte-rendu d'un conte improvisé en public.. 

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Présentation

  • : L'Emporte-Texte
  • : Ce blog animé par Christophe Tournier, auteur du manuel d'impro, est consacré à la poésie écrite à l'emporte-pièce, à l'écriture improvisée, au miracle de la langue sur le bout de la langue, à l'amour des mots... Il s'intéresse au processus d'écriture et de création, aux mots scandés. L'improvisation est son credo. Il se veut laboratoire d'oralité pour son auteur et atelier d'écriture. Exercices de scansion et de déclamation, premiers jets, polissages et écriture classique.
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