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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 17:41

C'était une cité à nulle autre pareille .Du moins, voilà œ qu'elle pensait d'elle-même. Elle se disait exemplaire et entendait, en bonne et due forme, le restait. « Le citoyen bien embouché, en cale sèche, était officialisé depuis belle lurette.Que pouvait-il arriver pour détruire ce qui coulait depuis un temps indéfini ? Tout était si calme ... Mais un jour, on voulut aller plus loin. On décréta, par surprise, l'état de soleil permanent sur tous les fronts. Sans doute voulait-on tenter un nouveau modèle, réussir une grande performance . Difficile à dire !...
Très vite du citoyen au paltoquet, des officieux aux officiels, tout le monde oublia les mots de pluie.Le temps ne fut plus qu'une longue litanie. Mais il y avait plus grave et on s'en rendit compte trop tardivement. Une fissure était apparue dans le dictionnaire, à la page des précipitations. Des mots blancs remplaçaient les mots d'encre. Et bientôt toute la confrérie liquide fut atteinte. Apparurent soroiers et sponsors, faiseurs et escomifleurs, oritiques et buooliques. Tous s'évertuèrent, dans un profond remue-ménage. Les pendules furent remises à l'heure. Des incantations antédiluviennes furent proférées, la maréchaussée fut mobilisée et tendit des embuscades contre le cours des rivières .Malgré tout, les tremblements ne faiblirent pas .Mieux ! Ils s'amplifièrent, carnavalèrent, abattant peu à peu d'autres pans du dictionnaire .Les mots de fer furent les premières victimes, suivis rapidement des mots d'amour.Et le dictionnaire ne fut plus qu'un gigantesque brio à brac. On manquait de vocabulaire !On commençait à suffoquer. L'épidémie semblait irréversible...
Mais quelquepart on s'agita. Spontanément, quelques-uns entreprirent un nettoyage. Ils arraohèrent les lettres éparses avant de les replanter pour combler les trous. Bientôt une foule rutilante et joyeuse s'acharna oontre la verbaille. On creusait, on extrayait du fond des puits ce qui avait été 1a substances même des mots. On reforgeait le tout !
Pendant ce temps ,officieux et officiels se taisaient. À l'inverse de leurs concitoyens, ils ne descendirent pas au creux des mines et restèrent dans leur prétoire, essayant de se souvenir des anciens vocables. Cela faisait "Oooh". Cela faisait "Ah...» En bas, c'était la ruée. À coups de hanches, à coups de mâchoire, chacun cherchait ses mots. 11 se créait une nouvelle langue, qui respirait le oonifère , rejaillissait de l'eau du ruisseau, une langue qui battait au souffle de la mer, hullulante et trépignante de santé. Là, un son hésitait, grinçant contre la page blanche. Un mot de trop approchait, en armure et carapace, et o*était l'explosion ! Plus loin, timide et frêle, une syllabe cristalline sortait de son ooquille et plongeait dans le flot. La nature elle-même se prenait aux mots. Le vent grégorinait, les arbres saluaient, scintillant en différentes harmoniques. La mer, fardée d*éclats de dune, chat-huait sur les rochers. Les machines se réveillaient, se montaient en boutons, alors la mécanique valsait. "Ooouuuh ouh tac ! Tout tendait à 1à beauté...
Et de leur perchoir, un jour descendirent, officieux, les officiels, pour tendre les rênes , serrer le boulon et reprendre le mot aux dents."Ah non mais !" Seulement, leurs langoureuses radiophonies, leurs silences posés, leurs reparties toujours pointées, les quelques réminiscences vooabuleureuses qui leur restaient n'avaient plus cours. Les mots s'étaient envolés et hop ! Ils étaient comme muets, errant aveugles dans la beauté. On les mit dans une pièce de musée. Et là, ils continuèrent à siéger, à ordonner, enjolivant les foules de leurs mimiques.
Mais ils vivaient à contre-langue...

1982

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 21:34

 

La découverte

 

Pendant longtemps je n'ai pas voulu faire ami-ami avec elle. Longtemps j'ai erré loin de ses gondoles, boudé ses actions, et snobé ses produits. Je me voulais un destin différent, aussi ridicule qu'immodeste, mais je ne le savais pas encore. J'étais devenu un as de la concurrence. Je pouvais parcourir ses grandes et froides allées, les yeux fermés, piocher sans cœur dans les épices et jardiner dans des labyrinthes de pâtes blêmes. J'avais accumulé tant de points cadeaux que je me présentais, un jour, à l'accueil, le rêve flamboyant. Hélas, je ne reçus en tout et pour tout qu'une perle de station-service, colifichet ridicule, que j'abandonnais à son sort. Alors, je perdis toute inspiration, ma verve de fidèle consommateur s'était ternie, je faisais la moue aux caisses, le cœur n'y était plus. À bon entendeur, je pénétrais, l'œil contrit, dans la petite Migros de Veysenaz. La première chose que je vis sur la droite, ce fut le téléphone mobile, qui reste depuis mon auguste et sobre compagnon. Je cumulais quelques girolles. Je découvris le yaourt scintillant, guirlande de noël de parfums. Je me ravis aux épices et aux huiles. Je harponnais enfin un saumon digne de ce nom. Je chassais au filet les émincés. Je retrouvais enfin le foie de poulet. Ainsi, je m'inclinais pâteusement devant le dentifrice à petit budget et jurais, Ô grand jamais, que jamais plus, je ne pêcherais hors des eaux de la Migros.

 

La petite Suisse

 

Je suis un enfant de Migros parce que tout petit déjà, je rêvais à ses montagnes de jouets. Je suis un enfant de Migros parce que j'ai grandi dans ses écoles, j'ai dégusté ses fruits, ses fromages et ses petits plaisirs. Je suis un enfant de Migros parce que j'admire son organisation, ses initiatives qui font de son modèle l'admiration discrète de tous. Je suis un enfant de Migros parce que je la sais rayonnante, mais modeste et sans arrogance dans la grande roue de la compétition mondiale. Emblème de qualité et du respect de la parole donnée, je sais la Migros exemplaire dans ses valeurs. Je la sais accueillante, ouverte aux pauvres comme aux riches. Ses succursales sont nombreuses dans le monde, elle est solide sans la moindre ostentation, modeste et neutre afin de ne jamais empiéter d'autres espaces de liberté. De plus, sa petite équipe de foot a l'élégance de ne pas aller au bout afin de ne jamais sombrer dans l'hystérie. Je suis un enfant de Migros, parce que sans elle, sans son invisible présence, le monde entier ne tournerait pas rond...

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Christophe Tournier - dans Poémes oubliés
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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 22:09

  Il était une fois une vieille fille très belle et très intelligente qui vivait dans un pays affable. Elle était au désespoir et soupçonnait sa solitude de n'en faire qu'à sa tête. Pour gagner son mystère, elle s'enfuit dans un pays où le sable poussait tête nue et la lune se montrait du doigt. Cet apprentissage fit renaître sa faconde. Elle cessa de se parcourir de sa lampe de poche... Loin des officines, elle rencontra un ténébreux, le genre de type qu'elle évitait. Il avait une tête à marcher sur la braise et un royal accent. Pour avoir le coeur net, elle l'aima jusqu'au bout des ongles. Ils ne se marièrent pas et vécurent ensemble. Puis sur un brelan de valet, il la laissa avec une petite fille très belle et très intelligente...

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Christophe Tournier - dans Poémes oubliés
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Présentation

  • : L'Emporte-Texte
  • : Ce blog animé par Christophe Tournier, auteur du manuel d'impro, est consacré à la poésie écrite à l'emporte-pièce, à l'écriture improvisée, au miracle de la langue sur le bout de la langue, à l'amour des mots... Il s'intéresse au processus d'écriture et de création, aux mots scandés. L'improvisation est son credo. Il se veut laboratoire d'oralité pour son auteur et atelier d'écriture. Exercices de scansion et de déclamation, premiers jets, polissages et écriture classique.
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